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Cycle solaire

Cycle solaire 25 : pourquoi la phase descendante reste une aubaine pour les aurores

Publié le 21 juillet 2026 · 9 min de lecture · Équipe Pulsar

Le maximum du cycle solaire 25 est passé, situé autour de fin 2024 selon les centres de prévision. Faut-il en conclure que la fenêtre des aurores en France se referme ? Non - et c'est même l'inverse à moyen terme. L'histoire des cycles solaires montre que les tempêtes géomagnétiques les plus violentes surviennent souvent après le maximum, pendant la phase descendante. Cet article explique pourquoi les années 2026-2028 restent parmi les meilleures pour espérer voir une aurore depuis la France, et ce qu'il faut surveiller concrètement.

Le cycle solaire de 11 ans en bref

Le Soleil suit un cycle d'activité d'environ 11 ans, rythmé par le nombre de taches solaires visibles à sa surface. Ces taches sont des zones où le champ magnétique concentré émerge de l'intérieur de l'étoile ; c'est autour d'elles que se produisent les éruptions et les éjections de masse coronale (CME). Au fil du cycle, le nombre de taches monte depuis un minimum quasi vierge jusqu'à un maximum, puis redescend. À chaque maximum, le champ magnétique global du Soleil s'inverse : le pôle nord magnétique devient le pôle sud, et inversement. Cette inversion ne se fait pas d'un coup - elle s'étale sur des mois, et laisse derrière elle une configuration magnétique complexe qui met des années à se réorganiser.

Le cycle 25 a commencé fin 2019 et s'est révélé nettement plus actif que prévu. Les prévisions initiales tablaient sur un cycle faible, comparable au cycle 24 ; en réalité, le nombre de taches a dépassé ces projections dès 2022, et le maximum a été plus fort et légèrement plus précoce qu'annoncé. Résultat concret : la tempête de mai 2024, la plus intense depuis plus de vingt ans, avec des aurores photographiées jusqu'en Espagne et en Afrique du Nord.

L'idée reçue : "le maximum est passé, c'est fini"

Intuitivement, on imagine que plus de taches solaires = plus d'aurores, et donc que la courbe des aurores suit exactement celle du cycle. C'est faux pour une raison simple : ce qui déclenche une tempête géomagnétique visible en France, ce n'est pas le nombre de taches, c'est l'arrivée sur Terre d'un vent solaire rapide et magnétiquement bien orienté. Or les sources de ce vent - grandes éruptions, CME rapides, trous coronaux - ne culminent pas toutes au même moment du cycle.

Les climatologies géomagnétiques construites sur plus d'un siècle de données montrent que l'activité géomagnétique présente souvent deux pics : un autour du maximum solaire, et un second, fréquemment plus marqué, deux à trois ans après, pendant la descente. Certaines des tempêtes les plus célèbres de l'ère moderne appartiennent à cette seconde catégorie.

Trois exemples historiques

  • Les tempêtes d'Halloween, octobre-novembre 2003. Le maximum du cycle 23 date de 2000-2001. Trois ans plus tard, une série d'éruptions parmi les plus puissantes jamais mesurées (dont une éruption si intense qu'elle a saturé les capteurs du satellite GOES) a déclenché des tempêtes de niveau G5, avec des aurores observées jusqu'au sud de l'Europe et au Texas. C'est l'exemple canonique d'un déchaînement solaire en pleine phase descendante.
  • Mars 1989, la panne du Québec. Cette tempête extrême, qui a privé d'électricité six millions de personnes pendant neuf heures, est survenue en phase montante tardive du cycle 22, quelques mois avant son maximum. Elle rappelle qu'aucune phase du cycle n'est réellement "calme" hors minimum - mais surtout que les événements majeurs se distribuent largement autour du pic.
  • Septembre 2017. Trois ans après le maximum du cycle 24 (2014), alors que le Soleil était censé s'endormir, une région active a produit les plus fortes éruptions de tout le cycle, accompagnées de tempêtes géomagnétiques sévères et d'aurores à des latitudes inhabituellement basses.

Et bien sûr, la référence récente : la tempête de mai 2024, de niveau G5 avec un Kp ayant atteint 9, survenue près du maximum du cycle 25. Si le schéma historique se répète, le cycle 25 n'a probablement pas dit son dernier mot.

Pourquoi la phase descendante reste explosive

Les trous coronaux : la machine à vent rapide

Un trou coronal est une région de la couronne solaire où le champ magnétique est ouvert vers l'espace : le vent solaire s'y échappe librement, à des vitesses de 600 à 800 km/s au lieu des 300 à 400 km/s du vent lent. Ces trous deviennent plus grands, plus fréquents et plus persistants pendant la phase descendante, quand ils migrent des pôles vers les latitudes moyennes du Soleil, face à la Terre.

Leur atout majeur pour le chasseur d'aurores : la récurrence. Un trou coronal peut survivre plusieurs rotations solaires de 27 jours. Chaque fois qu'il repasse face à la Terre, il envoie un flux de vent rapide (HSS, high speed stream) qui, en rattrapant le vent lent devant lui, forme une région d'interaction en corotation (CIR) : une zone comprimée, dense et magnétiquement agitée. Résultat : des tempêtes modérées (G1-G2, parfois G3) qui reviennent à date quasi fixe, tous les 27 jours. C'est moins spectaculaire qu'une CME extrême, mais beaucoup plus prévisible - et suffisant pour des aurores visibles dans le nord de la France quand les conditions s'alignent.

Des régions actives moins nombreuses, mais plus retorses

En fin de cycle, les régions actives se font plus rares, mais celles qui émergent sont souvent magnétiquement complexes : de grandes structures où des polarités opposées s'entremêlent, capables de stocker énormément d'énergie avant de la libérer brutalement. Les éruptions d'Halloween 2003 et de septembre 2017 sont toutes deux venues de régions de ce type. Moins d'événements, mais des événements potentiellement plus violents : c'est la signature de la descente.

L'effet des équinoxes : le mécanisme de Russell-McPherron

Il existe une saisonnalité bien établie des tempêtes géomagnétiques : elles sont statistiquement plus fréquentes en mars-avril et en septembre-octobre qu'aux solstices. L'explication dominante est le mécanisme de Russell-McPherron, décrit en 1973 : autour des équinoxes, la géométrie entre l'axe magnétique terrestre et le champ magnétique interplanétaire porté par le vent solaire favorise l'apparition d'une composante Bz sud - précisément l'orientation qui ouvre la magnétosphère et laisse entrer l'énergie du vent solaire.

Concrètement : un même flux de vent rapide produira en moyenne une tempête plus forte en octobre qu'en juin. Combinez cela avec les trous coronaux récurrents de la phase descendante, et vous obtenez les meilleures fenêtres de la période : les semaines autour des équinoxes de 2026 et 2027. Bonus non négligeable pour la France : à ces dates, les nuits sont déjà longues (ou de nouveau longues), contrairement au cœur de l'été où le crépuscule permanent ruine l'observation.

Ce que cela change pour un observateur en France

Pour rappel, la France métropolitaine a besoin d'une tempête sérieuse pour voir des aurores : de l'ordre de Kp 6-7 pour des lueurs au nord du pays, Kp 8-9 pour des couleurs nettes jusqu'au sud (le détail par ville est dans notre guide de l'indice Kp). La phase descendante ne garantit rien, mais elle maintient une probabilité réelle d'événements majeurs pendant encore plusieurs années. Voici comment en tirer parti :

  • Privilégiez les fenêtres d'équinoxe. Mars-avril et septembre-octobre 2026-2027 concentrent statistiquement le plus de chances. Planifiez vos sorties, vos nuits en altitude ou vos week-ends "ciel noir" sur ces périodes.
  • Apprenez le rythme des 27 jours. Si une tempête liée à un trou coronal se produit, notez la date : la même source peut redevenir géoeffective une rotation solaire plus tard. Les centres de prévision suivent ces structures d'une rotation à l'autre.
  • Ne débranchez pas la veille aux éruptions. Les régions actives de fin de cycle peuvent produire des CME majeures avec un préavis de 1 à 3 jours entre l'éruption et l'arrivée sur Terre. Une alerte de type mai 2024 reste possible à tout moment de la descente.
  • Surveillez le Bz plus que le Kp prévisionnel. Pour les tempêtes de trous coronaux, souvent modérées, c'est l'orientation sud du champ magnétique dans les heures qui précèdent qui fait la différence entre "rien" et "lueur photographiable au nord".
À retenir : le maximum solaire est un repère statistique, pas un interrupteur. Carrington 1859, Halloween 2003, septembre 2017 : une part notable des plus grandes tempêtes de l'histoire s'est produite hors du pic officiel de leur cycle. Notre comparatif Carrington 1859 vs mai 2024 replace ces événements sur une même échelle.

Et après 2028 ?

La phase descendante du cycle 25 devrait s'étirer jusqu'au prochain minimum, attendu vers la fin de la décennie. L'activité déclinera progressivement : les CME majeures deviendront plus rares, puis les trous coronaux de moyenne latitude s'estomperont à leur tour. Les années creuses du minimum (probablement autour de 2029-2031) offriront peu d'opportunités aux latitudes françaises. C'est précisément pour cela que 2026-2028 est la fenêtre à ne pas gâcher : c'est la dernière ligne droite avant plusieurs années de calme, et l'expérience des cycles passés suggère qu'elle peut encore réserver un événement de premier plan.

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